dimanche 21 août 2011
KJZ
Photek: KJZ (1996)
En 1996, j'en étais encore à écouter de la musique d'étudiant à chemise de bûcheron (Pavement, Sebadoh, Sonic Youth, Blonde Redhead, ...) quand je fis une rencontre qui bouleversa légèrement mon paysage musical ambient.
Ce garçon (dont je tairais le nom) habitait encore dans le vieux pavillon de ses grands-parents à Vincennes et un soir, lors de cet été 96, il profita de l'absence de ses aïeuls pour glisser quelques uns de ses récents vinyls sur la vieille platine Marantz poussiéreuse de papy.
En l'espace d'une heure, je venais de découvrir le Post-Rock avec le Millions Now Living Will Never Die de Tortoise, la French Touch avec le Pansoul de Motorbass et la Drum & Bass avec The Hidden Camera et Rings Around Saturn de Photek.
Autant dire qu'en une heure de temps, j'avais découvert plus de genres musicaux que depuis les dix dernières années confondues.
Dans la foulée, il me fit connaître Pharoah Sanders dont a été tiré le sample d'ouverture de Rings Around Saturn, puis il a embrayé sur toute sa collection de Free Jazz (Sun Ra, Albert Ayler, Don Cherry, Archie Shepp, j'en passe et des meilleures) jusqu'à une heure avancée de la nuit.
Si j'avais été une fille, je me serais jeté sur lui à corps perdu pour le remercier de m'avoir aussi bien dépucelé les oreilles, mais il enchaînait vinyl sur vinyl à une vitesse folle, comme si le temps était compté et que ses vieux allaient rentrer d'une minute à l'autre.
Évidemment, j'ai dû poser l'intégralité de la semaine suivante pour bénéficier de suffisamment de temps afin de pouvoir claquer toute ma paie chez Rough Trade, rue de Charonne, dans les bacs House et Jungle du bas et Electronica et Post-Rock du haut.
Quelques semaines plus tard, avec mon groupe (dont je tairais le nom), nous fûmes invité pour une interview dans les locaux de Radio Aligre et ils nous avaient demandé d'amener deux disques chacun (soit six en tout), histoire qu'on se charge de la programmation musicale de l'émission.
Les deux autres (dont je tairais les noms) s'étaient pointés avec leur musique de tarlouzes et moi j'avais raboulé The Hidden Camera de Photek et puis Impressions de Coltrane, autant dire que j'avais un peu plombé l'ambiance.
Au moment de justifier mes choix, l'émotion m'avait fait bafouiller un truc comme quoi Photek était le digne successeur de Coltrane et la Drum & Bass était le Free-Jazz des années 90 (l'alcool était fourni, l'émission était en direct et on m'avait fait croire qu'il y avait un fort taux d'audience).
Quinze ans plus tard et malgré la déchéance de Photek et l'apogée de la Daubstep, je n'ai toujours pas changé d'avis et la prochaine fois, je vous parlerai des deux autres albums que j'ai cités au début de cette chronique.
